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Découvrir et comprendre

Une campagne exceptionnelle?

By Ludovic Heidmann
Ce soir je voulais réagir à chaud au choix de Sarah Palin comme colistière de John Mc Cain. Je ne connaissais rien d'elle et je me base uniquement sur son premier discours que j'ai vu tout à l'heure et qui nous en apprenait un peu sur elle et sa famille. En effet, même aux Etats-Unis, elle est inconnue du grand public et presque inconnue chez les spécialistes. Elle ne figurait pas dans la liste des colistiers favoris du côté républicain. J'aurais voulu pour ma part que Mitt Romney soit colistier mais le choix de Palin me semble plus intéressant et pour plusieurs raisons. Je pense que c'est un coup dur pour les démocrates, ils vont devoir bien réfléchir à leur stratégie. C'est indiscutablement un élément qui va rendre l'issue de l'élection encore plus incertaine. L'opinion publique européenne doit se préparer à toutes les éventualités et arrêter les fantasmes. On l'a déjà dit maintes fois, il est impossible d'affirmer avec certitude que Barack Obama sera le prochain président. Tout commence. Cette campagne qui débutera officiellement après la convention républicaine sera passionnante et va comporter des éléments inédits, des confrontations de style intéressantes.

A chaud je pense que le ticket républicain Mc Cain/Palin a plus de force que le ticket démocrate Obama/Biden. Voila mon analyse:

- Palin est une femme de 44 ans sans grande expérience politique. Point faible car Mc Cain a beaucoup joué sur l'inexpérience d'Obama. Son argument va être affaibli même si Palin postule à la place de n°2 et non n°1 (Commander in Chief) comme Obama. Point fort car elle est plus jeune qu'Obama et c'est une femme ce qui la rend encore plus "nouvelle" que lui et casse son argument du "change". Obama n'est plus unique sur le thème du changement, cet argument a été neutralisé et l'on a Obama(change)/Biden(experience) vs. Mc Cain(experience)/Palin(change). D'autre part, le fait que Palin est une femme, mère de 5 enfants, va rendre toute attaque contre elle difficile, il faudra prendre pincettes et ne pas être trop brutal pour ne pas heurter l'électorat féminin.

- Palin a un fils qui va partir en Irak. Cela donne de la légitimité au discours du tandem sur la guerre en Irak et neutralise l'e fait que Biden ait aussi un fils qui va y aller.

- Palin est une ex-syndicaliste qui vient d'un milieu modeste. Son mari est pêcheur et syndicaliste. Elle va donc pouvoir attirer une partie de l'électorat col-bleu. Elle a 5 enfants. Elle représente l'Amérique classique, la "vraie Amérique", celle de la famille et du travail. Opposition brutale avec Obama le candidat des médias et d'Hollywood, la star. Heureusement pour Obama, Biden aussi est là pour l'électorat col-bleu.

- Palin, figure politique peu connue, crée le buzz à travers sa nomination et perturbe la stratégie démocrate. Les républicains vont occuper le terrain médiatique jusqu'à la fin de leur convention. Le choix s'est fait le lendemain du discours d'Obama ce qui en casse en partie sa dynamique.

- Biden a tapé fort sur l'inexpérience d'Obama au début des primaires démocrates et a dit qu'il était proche de Mc Cain et pourrait lors d'une élection être son colistier... Palin n'a pas critiqué Mc Cain elle. Elle complète bien Mc Cain qui est un républicain soft. Elle a des positions tranchées et fortes sur l'avortement entre autres. Le choix de Biden, spécialiste de politique étrangère, ne fait que souligner l'inexpérience d'Obama dans ce domaine.


réaction à chaud close, j'espère que je n'ai rien oublié.
 

L'après-pétrole

By Ludovic Heidmann
Alors que l'on baigne dans le pessimisme quant à l'avenir de notre planète, je suis pour ma part très optimiste. Nous sommes à une période charnière et le 21ème siècle sera celui d'une transition de l'abondance énergétique du 20ème siècle avec une économie basée sur le pétrole vers une hyper-abondance énergétique. Entre-temps, l'humanité devra relever le plus grand défi auquel elle n'aura jamais fait face. Nous devrons d'une part freiner le réchauffement climatique en réduisant nos rejets de gaz à effet de serre et trouver une source d'énergie durable pour assurer un bon confort de vie à une population grandissante.

Alors dans un premier temps, il faudra bricoler. Au 19ème siècle notre économie était basée sur le charbon, au 20ème sur le pétrole et pour une grande partie du 21ème siècle nous devrons cumuler différentes sources d'énergie de manière intelligente.

Il faudra bien sur développer le nucléaire à travers les centrales de 3ème génération (première opérationnelle en 2011 si les délais sont tenus) et de 4ème génération (prototype en 2020 et première centrale vers 2030-2035).Il faudra développer la filière gaz en l'associant à la séquestration de CO2 et à la gazéification de biomasse. Il faudra remettre en avant l'utilisation de charbon à travers ce que l'on appelle le "charbon propre". Les USA miseront beaucoup là-dessus car ils ont les premières réserves mondiales de charbon et ont fait de l'indépendance énergétique un combat. Il faudra investir dans le solaire (grosse marge de progression pour le photovoltaïque où les rendements actuels sont de l'odre de 18-19% et la recherche laisse entrevoir des rendements de 40-45% à prix comparable pour dans quelques années) et l'éolien.
La liste n'est pas exhaustive et le mix énergétique devra être ajusté à chaque pays. Par exemple en France où 85% de l'énergie électrique provient du nucléaire et de l'hydraulique, un développement trop massif de l'éolien entrainerait des surcoûts au contraire de l'Allemagne. Comme je l'ai dit tout à l'heure, le charbon jouera un rôle plus important aux USA et en Chine qu'en Europe. Le photovoltaique n'a pas beaucoup d'intérêt en Islande, contrairement à la géothermie...Il n'y a pas de solution miracle, juste des dosages intelligents à faire.

Je suis persuadé que nous nous dirigerons petit à petit vers une solution énergétique excellente au cours du 21ème siècle. A terme le problème va se réduire à une variable: l'électricité. A partir d'elle l'on peut faire à peu près tout (il faudra d'autres matières premières bien sur) mais je parle ici d'énergie sous toute ses formes. C'est le bonheur de la physique à partir d'un type d'énergie et en admettant des pertes l'on peut obtenir tout type d'énergie au final. Avec de l'électricité l'on peut donc se déplacer (énergie électrique -> énergie mécanique), se chauffer (énergie électrique -> chaleur)...

Si on classe chronologiquement les moyens de production d'électricité en quantité importante l'on a le classement suivant:

- centrale à charbon
- centrale turbines à gaz
- nucléaire 1ère génération
- nucléaire 2ème génération
- nucléaire 3ème génération
- nucléaire 4ème génération
- thermonucléaire 1G
- puis thermonucléaire 2G, 3G...
- centrale à antimatière

Plus on progressera sur cette échelle, plus la production d'électricité sera propre. On pourra alors alimenter des voitures électriques directement si les batteries progressent bien ou fabriquer de l'hydrogène qui alimentera un moteur à pile à combustible ou un moteur à explosion (mais ce qui entraînerait la production de NOx). L'âge de la fusion thermonucléaire va entraîner une nouvelle course, celle à l'He-3 dont on parlera dans un autre billet.

D'ici là, on va utiliser différents systèmes et exploiter différentes filières: voitures hybrides, biocarburants de différentes générations, énergies renouvelables
 

Afghanistan, ne pas renoncer

By Ludovic Heidmann
La mort tragique de 10 soldats français la semaine dernière semble avoir rappelé que nous étions en guerre et que nos forces n'étaient pas engagées dans une banale opération de maintien de la paix.

L'émotion était normale et indispensable. Quand 10 jeunes hommes perdent la vie, ce n'est jamais banal. Toutefois, l'empressement du Président de la République à se rendre en Afghanistan le soir même ainsi que la cérémonie d'hommage aux Invalides qui a regroupé tous les hauts représentants de la Nation, a montré aux talibans à quel point nous étions fragile. Cela a aussi mis en danger davantage encore les troupes françaises. En effet, il suffit aux talibans d'organiser des guets-apens ponctuels et de tuer des français pour que notre opinion publique nationale soit ébranlée et que le débat sur la présence des troupes françaises en Afghanistan soit relancé.

Comme l'a dit Hervé Morin, les talibans savent qu'ils ne peuvent pas gagner militairement mais savent désormais qu'ils peuvent facilement faire chanceler les démocraties et les contraindre à quitter le pays. En effet, et c'est spécialement vrai pour la France, nous acceptons avec toujours plus de difficulté de voir nos hommes tomber au combat. Il serait nécessaire de rappeler que nos soldats sont désormais des soldats de métier, qui ont choisi en toute conscience cette voie sachant qu'ils pourraient être amenés à perdre leur vie. Il faut aussi souligner qu'une armée est formée d'abord à la guerre et que sa mission ne se résume pas au maintien de la paix.

Il est déplorable de voir que l'opinion publique française demande maintenant dans sa majorité un retrait des troupes françaises. Quelle faiblesse et courte vue. Nous combattons là-bas le terrorisme international et ses alliés. Nous avons un mandat de l'ONU pour le faire. La France, membre du Conseil de Sécurité, a des devoirs particuliers. On ne peut pas avoir de grandes ambitions et se donner de petits moyens. Et que faisons nous des idéaux universels de démocratie, droits de l'homme...? Veut-on se retirer pour laisser gagner du terrain aux talibans et pour leur donner une première victoire symbolique?

Je répète ma position déjà énoncée ici, la guerre en Afghanistan ne peut pas être gagnée mais il faut y conserver des troupes et en faire un point de fixation, occuper l'ennemi. La défaite militaire est certaine tout comme notre victoire idéologique l'est. Il faut étudier la question d'un renforcement du nombre de troupes de la coalition. J'y suis favorable même si contrairement à l'Irak où ça a été très utile, le relief Afghan risque de rendre la mesure sans beaucoup d'effets. Il y a 70000 soldats de la coalition sur place et les russes en avaient 150000 dans les années 80. Ils ont pourtant perdu (alors que les américains armaient les moudjahidins certes). Il va aussi falloir faire plus d'efforts sur la reconstruction du pays et l'aide au développement.
 

It's Biden!

By Ludovic Heidmann
Après un suspens savamment orchestré, Barack Obama a révélé le nom de son colistier dans la course à la Maison Blanche. L'heureux élu est le sénateur du Delaware Joseph Biden, président de la commission des affaires étrangères au Sénat. Ces derniers jours, les spécialistes s'accordaient sur le nom de trois favoris, Joe Biden, Tim Kaine (gouverneur de Virginie) et Evan Bayh (sénateur de l'Indiana). Le choix s'est porté sur un spécialiste de politique étrangère, point faible de Barack Obama (qui a été très silencieux et hésitant sur le conflit entre la Géorgie et la Russie par exemple). On pourrait dire qu'il s'agit là d'un des nombreux points faibles du jeune sénateur qui ne bénéficie que de deux ans d'expérience politique au Sénat.



Joe Biden c'est aussi un cogneur qui ne fait pas dans la demi-mesure rhétorique. Il apporte ainsi du punch à une campagne d'Obama jusque là trop "bisounours". On le sait, aucun choix n'est parfait et Joe Biden présente quelques défauts dont celui d'avoir déjà tapé fort sur l'incompétence de Barack Obama lors du début des primaires démocrates. L'homme s'est également toujours affiché comme un proche de Mc Cain allant jusqu'à dire que ce serait un honneur pour lui d'être son colistier lors d'une élection. Le camp républicain a très vite répondu au choix de Joe Biden comme colistier.



Les démocrates semblent satisfaits du choix de Joe Biden même si beaucoup rêvaient secrètement d'un dream-ticket Obama/Clinton. Cette option a été très vite écarté à la fois par Hillary Clinton qui ne voulait pas se contenter d'un second rôle ainsi que par Barack Obama qui a pris beaucoup de coups lors des primaires. Il a aussi mis des mois à se débarrasser d'elle et ce n'était pas pour l'avoir en éventuelle vice-présidente prédatrice.

Les premiers sondages après le choix de Joe Biden comme colistier n'ont pas montré de renversement de tendance. Au contraire, celle-ci s'est accentuée et l'on a Obama et Mc Cain à égalité alors qu'Obama avait 7 points d'avance il y a deux mois. Un bémol, il s'agit là de sondages nationaux alors que l'on connait la complexité du système américain qui repose sur une dynamique de vote état par état avec le choix des grands électeurs dans chacun d'eux.

Le choix du colistier de Mc Cain sera aussi intéressant et d'autant plus que Mc Cain, si élu, ne fera sûrement qu'un seul mandat. Le temps des conventions est maintenant arrivé, il marque le départ du sprint final avant l'élection du 4 novembre prochain. Cette élection sera-t-elle aussi serrée qu'en 2000? Il est trop tôt pour l'affirmer avec certitude mais on se dirige de plus en plus vers ce scénario.
 

Russie - UE : des relations tendues

By Ludovic Heidmann
Après la chute du communisme, le démembrement de l’URSS et les années 90 teintées d’affairisme, c’est Vladimir Poutine qui a pris les rênes en 2000 d’un pays pillé par des oligarques et dont l’influence sur la scène internationale avait faibli. Il était temps de rétablir la fierté du peuple russe et de redonner à l’Etat sa légitimité. Huit ans plus tard, grâce à une économie dynamique et alors que le locataire du Kremlin a changé, la Russie est à nouveau sûre d’elle-même à tel point que son attention se concentre dorénavant sur son voisinage. Il lui faut rétablir son autorité sur les anciens pays du bloc soviétique et stopper la progression de l’Occident aux frontières de « l’empire ». L’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est et dans le Caucase, inacceptable. Celle de l’UE, impensable. Un bouclier anti-missile en Pologne et République Tchèque, intolérable. Et que les pays riverains le sachent, s’ils se rapprochent trop de l’Ouest, ils le payeront.

Il est très difficile pour l’UE de s’opposer aux velléités impérialistes russes. L’Europe est trop dépendante du gaz russe et pour nombre d’entreprises européennes, la Russie est un marché très intéressant, les investissements européens y sont d’ailleurs déjà très élevés. Nous devons diversifier nos sources d’approvisionnement en gaz au niveau européen car des pays comme la Finlande sont encore dépendants à 100% de la Russie. Nous devons aussi développer le nucléaire en dehors de la France. A l’opposé les russes n’ont pas grand-chose à craindre sur le plan commercial, même si nous pouvons toujours boycotter leur nouvel avion régional. Alors comment calmer les ardeurs russes ? Tout d’abord nous devons agir de concert avec les Etats-Unis et opposer à la brutalité russe, un isolement du club des « Grands ». Nous pouvons aussi lui interdire l’entrée au sein de l’OMC. Nous toucherions là un point sensible, le sentiment de fierté nationale russe, le prestige qu’ils cherchent tant. Malheureusement nous avons besoin des russes pour régler le problème iranien. La situation est donc très complexe, d’où le malaise européen.

La crise qui a éclaté entre la Russie et la Géorgie est symptomatique du nationalisme exacerbé russe. Alors que la Géorgie tentait, par la force certes mais après des années de statu quo, de reprendre l’une de ses deux provinces séparatistes, l’Ossétie du Sud, les russes ont entamé le conflit en violant l’intégrité territoriale géorgienne. Alors oui, les russes avaient distribué des passeports et disposaient de « forces de maintien de la paix » mais il s’agit tout de même d’une ingérence brutale dans les affaires géorgiennes. Il est d’ailleurs cocasse de voir la Russie se faire le chantre de l’autodétermination des peuples quand on se rappelle son action en Tchétchénie. Brutalité, cynisme, mensonge, voila le credo de la diplomatie russe. Des pays comme la Pologne, l’Estonie et l’Ukraine ont déjà fait les frais d’une politique trop distante vis-à-vis de la Russie. Assez de compromis mous, ils ne paient pas, à l’image du rideau de fer qui scindait l’Europe, établissons un rideau de la démocratie et protégeons les pays de l’Est, notamment ceux hors-UE. Accélérons leur intégration au sein de l’OTAN et la coopération avec l’UE, en vue pourquoi pas d’une éventuelle adhésion à terme.

Enfin il s’agit de saluer l’initiative française pour la mise en place d’un accord de sortie de crise lors du récent conflit. Intervention rapide alors que l’UE n’a toujours pas de politique étrangère commune et que l’on est encore au stade du bricolage diplomatique le plus souvent. Les russes se feront un délice de miser sur nos divisions. Lé défi des années à venir sera de mettre en place une stratégie réfléchie menée main dans la main avec la future administration américaine, de parler d’une seule voix en Europe pour contenir l’expansionnisme russe.

edit: Il est à craindre que la Géorgie ne soit qu'une première étape. Il risque d'y avoir le même problème en Ukraine et en Moldavie. En Ukraine, en Crimée, les russes distribuent déjà des passeports russes dans cette province russophone. Et vu que le port de Sébastopol s'y trouve et que les Russes ne veulent pas en partir alors que les ukrainiens ont fixé la date butoire de 2017, il est à parier que le Kremlin tentera un coup. En Moldavie, les Russes vont reproduire le même schéma avec la Transnistrie qu'avec l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie.

Ce que font les russes ressemblent à ce qu'avait fait Hitler avec les Sudètes en République Tchèque. On a là la même stratégie à la différence près que les russes n'annexent pas directement mais font la promotion des séparatismes dans les régions russophones puis, une fois l'indépendance acquise, mettent en place des gouvernements vassaux.

 

Une nouvelle saison

By Ludovic Heidmann
De retour pour une nouvelle saison!

Dans mon dernier post je parlais de la fermeture de ce blog. Il s'agissait bien naturellement d'une fermeture provisoire. J'avais besoin de faire une pause. Je reprends ainsi l'écriture en me focalisant plus sur la politique, l'économie et les nouvelles tendances (technologiques, sociales...), bref sur ce qui façonne notre monde.

Le but sera bien sur la réflexion sur différents sujets qui mis bout à bout formeront un corpus. Le débat est encouragé à travers les commentaires. Le ton sera moins léger tout en restant libre (principe du blog) et franc. J'essaierai de proposer des interviews écrites de différentes personnes que je connais, sur des sujets où elles possèdent une certaine expertise.

Que cette nouvelle saison soit productive et riche!