Projet d’Union Méditerranéenne
Lors de son voyage officiel au Maroc la semaine dernière, le Président Sarkozy a lancé depuis Tanger un appel à la mise en place d’une Union Méditerranéenne et a convoqué les différents Etats concernés à se réunir à Paris en juin 2008 pour mettre en place les bases de ce nouvel espace.L’idée avait été lancée pendant la campagne, suggéré à Nicolas Sarkozy par Henri Guaino dit on. Les mauvaises langues disent qu’on retrouve ici la volonté de deux hommes de rentrer dans l’histoire tel Monet ou Schumann. Même si on ne peut pas balayer d’un revers de main un tel argument, il n’est selon moi que secondaire en comparaison du projet civilisationnel que l’Union Méditerranéenne représente.
Le travail reste immense, avant tout il convient de définir les contours de l’ensemble et son ambition. Lors du discours de Tanger, Sarkozy a déjà répondu à la question « pourquoi ? ». Dans un plaidoyer soigneusement rédigé, le Président a insisté sur la destinée commune du bassin méditerranéen. Creuset de l’humanisme, des trois grandes religions monothéistes, de la culture hellénique, la Méditerranée doit aussi être un espace de paix et d’échanges. Sarkozy a précisé cependant qu’il ne s’agissait pas de construire un espace tel l’Union Européenne avec le même fonctionnement mais un espace unique avec ses propres spécificités.
Pour ma part, je pense que l’idée et le projet sont très bons. Il est évident qu’on a là un bassin où sont nés de grandes civilisations qui ont marqué l’histoire de l’humanité. L’art, la religion, la pensée imprègnent de façon indélébile la Méditerranée. Un rapprochement des différents acteurs permettrait de rassembler Christianisme et Islam ou devrais-plutôt dire société de consommation libertaire et Islam, tant le Christianisme disparait graduellement en Europe.
On peut se demander tout de même qui seront les premiers adhérents tant les problèmes à résoudre sont nombreux. Le dialogue intermaghrébin est inexistant et le Maroc et l’Algérie sont en froid. Le conflit israélo-palestinien devra t’il être résolu en prélude à une UM ou celle-ci permettra t’elle de le résoudre ? Qu’en sera-t-il de la Syrie ? Il serait là étrange qu’un régime autoritaire, soutien au terrorisme intègre une union de paix. La Turquie va t'elle jouer le jeu ou y voir un bon de consolation pour une éventuelle non-adhésion à l'UE?
Quant à la question des objectifs concrets de l’UM, à quoi peut-on s’attendre ? Des points non négociables subsistent. Non, il est inconcevable d’ouvrir les frontières à l’image de l’espace Schengen. Non, il est inconcevable de payer le développement du Maghreb à l’image de ce qu’on fait avec les Pays d’Europe de l’Est. Dans un premier temps, il faudra donc mettre en place un Marché Commun et aller vers le libre échange méditerranéen. Des projets pluri-étatiques devront voir le jour afin de lier les pays comme l’Allemagne et la France s’étaient liés sur le charbon. Mais là de nouveau il y a des préalables importants. A ce jour le seule pays arabe méditerranéen qui reconnaisse Israel est l’Egypte. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et la Lybie vont-ils franchir ce cap symbolique facilement ? Je ne pense pas. Le Maroc et la Tunisie seraient les moins hostiles a priori mais même dans ces pays l’opinion publique y est très réticente à cause du problème palestinien. Ne parlons même pas de la Lybie. De plus si une décision doit être prise par l’un de ces pays on voit mal comment elle pourrait l’être en dehors du cadre de la Ligue Arabe. On a l'a un symbole pour le monde arabe. Sujet vraiment très complexe donc. Il va falloir du temps et de l’énergie pour rassembler les antagonismes.
L’UM pourra être intéressante aussi en terme de gestion des flux migratoires. Le Maghreb est en première ligne, c’est la porte d’entrée vers l’Europe. On peut très bien imaginer des mécanismes d’assistance financière (qui existent déjà) pour aider ces pays à stopper l’immigration illégale qui transite par chez eux. On sait par exemple que la Lybie est une passoire, la porte d’entrée vers l’Italie et que Kadhafi ne bouge pas le petit doigt.
Enfin l’énergie sera sûrement un point crucial de l’UM. Là aussi on peut très bien imaginer que la France ou plus généralement l’Europe mettent en place un partenariat énergétique privilégié avec des pays comme l’Algérie, grand producteur de gaz. Le but, multiplier ses sources d’approvisionnement et être moins dépendant de la capricieuse Russie. Le deal ? On pourrait imaginer une aide dans le nucléaire civile en échange de gaz par exemple.





